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Le nouveau bus électrique de BYD menace la concurrence européenne

Quand on pense aux transports en commun, l'image qui vient à l'esprit n'est généralement pas celle de la haute technologie. Pourtant, le constructeur chinois BYD vient de bouleverser cette perception avec sa nouvelle plateforme e-Bus Platform 3.0, qui pourrait bien redéfinir ce que nous attendons d'un simple bus circulant en milieu urbain.




1. C’est qui BYD, et pourquoi leurs bus comptent ?

BYD (Build Your Dreams) est un constructeur chinois qui fabrique des batteries, des voitures, des camions et… des bus 100 % électriques.

En Europe, ils sont présents depuis une dizaine d’années sur le marché du bus urbain électrique, et c’est aujourd’hui un des acteurs majeurs.

Quelques chiffres récents :

• En 2025, BYD atteint environ 9–10 % de part de marché sur les immatriculations de bus électriques en Europe (H1 2025, ~519 bus sur le semestre) 

• Plus de 7 000 e-bus BYD en service ou commandés dans 26 pays européens, avec un jalon du 5 000ᵉ bus livré en 2025. 

• Production locale en Europe : une usine de bus à Komárom, en Hongrie (ouverte avec un investissement initial ~20 M€) et en forte expansion pour tripler la capacité à environ 1 250 bus et camions électriques par an. 

Leur force : ils maîtrisent la batterie (leur cœur de métier) et le véhicule complet. Ils proposent une gamme complète de bus urbains (8–18 m), interurbains et même des double-decks pour le Royaume-Uni.

2. Présence en Europe : où roule BYD aujourd’hui ?

BYD est très implanté dans plusieurs zones :

• Pays Nordiques : Finlande, Suède, Danemark, Norvège – des centaines de bus BYD avec l’opérateur Nobina, environ 600 bus livrés ou commandés pour les pays nordiques à eux seuls. 

• Pays-Bas : énorme commande de 259 bus pour Keolis (à l’époque la plus grosse commande de bus électriques en Europe). 

• Royaume-Uni / Irlande : nombreux bus co-brandés BYD–Alexander Dennis (ADL) pour Londres, Glasgow, etc.

• Europe centrale : forte présence en Hongrie (Volánbusz, autres opérateurs) avec de nouvelles commandes et la proximité de l’usine. 

• Europe de l’Ouest : des flottes petites ou moyennes un peu partout (France, Espagne, Italie, Allemagne, Belgique, etc.), souvent issues d’appels d’offres où BYD est en concurrence directe avec Mercedes, Iveco, Solaris, MAN, etc.

L’image que ça donne : BYD est passé de « marque exotique » à acteur normal du marché, régulièrement retenu dans les appels d’offres européens.

3. Pourquoi les bus BYD plaisent aux villes ?

a) Coût total de possession (TCO) intéressant

Des études sur le coût total de possession des bus électriques en Europe montrent que, dans de nombreux pays, le TCO des e-bus devient compétitif, voire plus bas que celui des bus diesel, surtout avec les subventions et le coût du carburant. 

Comme BYD produit à grande échelle, avec ses propres batteries, ils peuvent proposer :

• Prix d’achat souvent inférieur ou équivalent aux concurrents européens,

• Autonomie correcte voire élevée,

• Coûts d’énergie plus bas que le diesel,

• Moins de maintenance (pas de moteur thermique, moins de pièces).

Pour une autorité organisatrice, sur 10–15 ans, cela fait une grosse différence.

b) Expérience et références

Ils ont maintenant :

• plus de 10 ans de retour d’expérience sur les bus électriques en Europe,

• des bus qui roulent dans des climats très différents (Scandinavie, sud de l’Europe),

• des retours sur la durée de vie des batteries et les performances en conditions réelles.

Cela rassure les villes qui hésitaient au début.

c) Large gamme & industrialisation

Avec leurs nouvelles plateformes (par ex. B12.b, B13.b pour interurbain et urbain), BYD propose :

• plusieurs longueurs (10, 12, 13, 18 m),

• planchers bas ou hauts, versions interurbaines, etc.

L’offre est devenue comparable à celle des grands constructeurs européens.

4. Conséquences positives en Europe

4.1. Accélération de l’électrification des réseaux

La concurrence BYD (et d’autres chinois) accélère la transition :

• Les villes peuvent électrifier leurs flottes plus vite grâce à des tarifs plus attractifs.

• La part de bus électriques dans les ventes en Europe a dépassé 13 % en 2024 et continue de croître. 

• Certaines villes nordiques ou néerlandaises ont des parts d’e-bus >40 % des ventes.

Sans des fabricants comme BYD, cette montée en puissance aurait probablement été plus lente ou plus chère.

4.2. Gain environnemental

Les bus BYD, comme les autres e-bus :

• Suppriment les émissions locales de CO₂, NOx, particules, etc.

• Améliorent la qualité de l’air en centre-ville, particulièrement importante dans les zones à forte densité.

• Sur un cycle de vie, avec le mix électrique européen qui se décarbonise, les émissions globales sont largement inférieures au diesel (même en tenant compte de la fabrication des batteries).

Les chiffres varient selon pays et mix électrique, mais les réductions de CO₂ sont typiquement de 25–70 % sur le cycle de vie par rapport au diesel, d’après les études TCO/climat publiées sur les bus électriques. 

4.3. Emplois et investissements locaux

Pour limiter la perception de « tout vient de Chine », BYD investit directement en Europe :

• Usine d’assemblage de bus en Hongrie (Komárom), qui va être agrandie pour dépasser 1 000 e-bus/e-camions par an. 

• Plusieurs centres de service dans une quinzaine de pays européens.

Conséquence :

• Création d’emplois industriels en Europe centrale,

• Montée en compétences sur la maintenance de véhicules électriques lourds,

• Effet d’entraînement sur les fournisseurs locaux (carrosserie, intérieur, services, etc.).

5. Les effets plus sensibles : concurrence, dépendance, politique commerciale

Là où ça se complique, c’est sur la dimension géopolitique et industrielle.

5.1. Concurrence très forte avec les constructeurs européens

Constructeurs comme Mercedes-Benz, MAN, Iveco, Solaris, Volvo, etc. se retrouvent face à un concurrent :

• Très compétitif sur les prix,

• Qui bénéficie en Chine de subventions publiques et de conditions favorables (prêts bon marché, terrains, aides à la R&D, etc.), d’après les enquêtes européennes. 

Risque pour l’Europe :

• Perte de parts de marché pour les industriels locaux,

• Pression sur les marges, donc moins de capacité d’investissement,

• Fermetures ou restructurations potentielles d’usines si la compétition s’intensifie trop vite.

En même temps, cette pression force aussi les constructeurs européens à accélérer : nouveaux modèles d’e-bus, baisse des coûts, innovations (batteries solides, charge ultra-rapide, etc.).

5.2. Dépendance technologique et supply chain

Les bus BYD embarquent :

• des batteries issues de la filière chinoise (LFP notamment),

• une électronique de puissance, logiciels, etc., en grande partie conçus en Chine.

Conséquences potentielles :

• Dépendance stratégique sur des composants critiques (batteries, modules de puissance).

• Risques en cas de tensions commerciales UE–Chine : hausse de droits de douane, restrictions à l’exportation de certains matériaux, etc.

• Problèmes de pièces détachées si la supply chain est perturbée.

C’est exactement ce que l’UE essaie de traiter avec sa nouvelle approche de « sécurité économique » et de défense contre les menaces économiques, en visant à réduire les dépendances dans les secteurs stratégiques comme les batteries. 

5.3. Tarifs, mesures anti-subventions, incertitude

Pour les voitures électriques, l’UE a déjà instauré des droits compensateurs contre les importations chinoises (jusqu’à ~35 % maximum selon les constructeurs). 

Même si ces mesures visent d’abord les voitures, elles envoient un message clair applicable aussi à d’autres segments comme les bus :

l’UE ne veut pas d’un « dumping » massif de véhicules subventionnés qui détruirait son industrie.

Ce que ça implique pour BYD bus :

• Les autorités pourraient durcir les règles des marchés publics (préférence aux produits européens ou produits localement, critères de contenu local, etc.).

• L’UE peut utiliser des enquêtes anti-subventions / anti-dumping sur d’autres catégories de véhicules si elle estime que le marché est faussé.

• D’où la stratégie de BYD : produire plus en Europe (Hongrie) pour atténuer ces risques et se présenter comme « acteur local ».

6. Conséquences pour les réseaux de transport publics

6.1. Plus de choix, mais plus de complexité

Les gestionnaires de flotte (RATP, De Lijn, TMB, etc.) ont désormais :

• un catalogue beaucoup plus large de bus électriques, dont BYD,

• des différences importantes en :

• philosophie batterie (LFP vs NMC),

• architecture véhicule,

• services après-vente,

• options de charge (dépôt, pantographe, etc.).

Conséquences :

• Besoin d’une ingénierie d’achat plus pointue : comparer le TCO, les garanties batterie, l’interopérabilité, etc.

• Risque de se retrouver avec une flotte très hétérogène (BYD, Solaris, Mercedes, etc.) → complexité de la maintenance, pièces détachées, formations.

Mais en même temps, cette diversité permet d’éviter la dépendance à un seul fournisseur et de mettre les constructeurs en concurrence.

6.2. Impact sur les dépôts, l’infrastructure et l’exploitation

L’arrivée massive de bus BYD (et autres) impose :

• Investissements lourds dans :

• infrastructures de charge au dépôt ou sur ligne,

• renforcement du réseau électrique,

• systèmes de gestion de l’énergie.

• Réorganisation de l’exploitation :

• gestion des cycles de charge,

• planification des trajets en fonction de l’autonomie,

• adaptation des horaires.

Les e-bus changent aussi le métier des opérateurs :

• formation des conducteurs à la conduite éco,

• formation des techniciens à la haute tension,

• développement de nouvelles compétences numériques (supervision de flottes, télémétrie).

7. Regard politique : souveraineté vs climat

L’Europe est prise entre deux objectifs :

1. Décarboner très vite son transport public (et donc accepter les offres compétitives de BYD pour massifier les e-bus),

2. Protéger son industrie et sa souveraineté technologique face à la montée en puissance chinoise.

Du coup, on voit :

• Des programmes de soutien aux constructeurs et usines de batteries européens (BATTERY ALLIANCE, etc.).

• Des règles de plus en plus strictes sur les aides publiques, les subventions étrangères, les appels d’offres, pour éviter la concurrence « déloyale ».

• Des discussions sur des critères environnementaux et sociaux dans les marchés publics (empreinte carbone de la fabrication, recyclage, contenu local).

Pour BYD, cela signifie qu’ils doivent :

• investir localement (usines, R&D, emplois),

• prouver un engagement long terme et pas seulement « vendre puis repartir »,

• se conformer à des normes européennes strictes (sécurité, données, cybersécurité, recyclage, etc.).

8. En résumé : la « e-révolution » BYD en Europe

Points positifs majeurs :

• Accélération de l’électrification des bus en Europe (plus d’e-bus, plus vite). 

• Réduction des émissions locales et globales, amélioration de la qualité de l’air. 

• Pression sur les coûts qui pousse tout le marché à devenir plus efficace.

• Investissements industriels en Europe (usines hongroises, centres de service).

Risques / défis :

• Concurrence très rude pour les constructeurs européens, avec risque de perte de parts de marché. 

• Dépendance partielle à une filière batterie et électronique largement chinoise. 

• Tensions commerciales potentielles (droits de douane, enquêtes anti-subventions). 

• Complexité opérationnelle pour les réseaux (flotte multi-constructeurs, nouvelles infrastructures).


IMPACT CARBONNE



🌱 1. Impact carbone d’un bus électrique BYD : vue d’ensemble

L’impact carbone d’un bus électrique BYD dépend principalement :

1. De la fabrication (surtout la batterie)

2. De l’électricité utilisée pour la recharge

3. Du nombre de kilomètres parcourus

4. Du mix électrique du pays (France ≠ Allemagne ≠ Pologne)

➤ Résultat global (Europe)

Sur un cycle de vie complet (15 ans), un bus électrique BYD émet 25 à 70 % de CO₂ en moins qu’un bus diesel, selon le mix électrique utilisé en recharge.

Ces chiffres proviennent d’analyses européennes sur les bus électriques (TCO & LCA – Life Cycle Assessment).

⚙️ 2. Phase de fabrication : la plus lourde pour le bus électrique

🔋 Batterie = point central de l’empreinte carbone

Un bus BYD utilise principalement des batteries LFP (Lithium-Fer Phosphate).

• Capacité typique : 300 à 450 kWh

• Empreinte carbone moyenne : 60 à 100 kg CO₂ / kWh pour une production en Chine

➡️ Empreinte fabrication batterie : 20 à 40 tonnes de CO₂

🚌 Fabrication du bus complet

Châssis, électronique, moteurs, acier, aluminium → 15 à 20 tonnes de CO₂ supplémentaires.

📌 Total fabrication (bus BYD électrique)

≈ 35 à 60 tonnes de CO₂

→ 2 à 3 fois plus qu’un bus diesel lors de la fabrication.

Pourquoi ?

Parce que le diesel a une batterie minuscule et une technologie plus simple.

⚡ 3. Phase d’utilisation : là où le bus BYD devient beaucoup plus propre

Un bus diesel émet environ :

• 1 200 à 1 400 g CO₂ / km (selon taille et trafic)

• Soit 80 à 100 tonnes de CO₂ / an pour un autobus urbain de 60 000 km/an.

Un bus électrique BYD :

➤ Zéro émission à l’échappement, mais pas zéro émission totale

Tout dépend du mix électrique :

Pays g CO₂/kWh Bus électrique BYD (kWh/km ~1–1.3) Émissions CO₂ / km

🇫🇷 France (nucléaire) ~50 g 1 kWh / km ≈ 50 g/km

🇪🇸 Espagne ~150 g 1 kWh / km ≈ 150 g/km

🇩🇪 Allemagne ~350 g 1 kWh / km ≈ 350 g/km

🇵🇱 Pologne (charbon) ~650 g 1 kWh / km ≈ 650 g/km

➤ Comparaison avec diesel

• Diesel : 1 200–1 400 g CO₂/km

• BYD électrique : 50 à 350 g CO₂/km (selon pays)

➡️ Réduction : –70 % en France, –50 % en Espagne, –20 % en Allemagne

Et dans certains pays très carbonés (charbon), parfois l’avantage est faible.

🔄 4. Fin de vie et recyclage

BYD utilise des batteries LFP, plus simples à recycler et sans cobalt.

Le recyclage permet de récupérer :

• Lithium

• Fer, aluminium

• Cuivre

Gain carbone approximatif : 2 à 5 tonnes de CO₂ économisées grâce aux matériaux recyclés.

📊 5. Bilan complet : Bus BYD vs Diesel

🔹 Cycle de vie (15 ans, 700 000 km)

Phase Bus Diesel Bus Électrique BYD

Fabrication 15–20 t CO₂ 35–60 t CO₂

Utilisation 800–950 t CO₂ 35–250 t CO₂

Recyclage –2 t –3 à –5 t

Total ~820–970 t CO₂ ~80–300 t CO₂

➤ Gain total : –65 % à –90 % d’émissions

Selon le mix électrique.

🌍 6. Conclusion simple

✔ BYD a une empreinte de fabrication plus élevée

À cause des batteries (qui représentent plus de 50 % de l’impact initial).

✔ Mais l’utilisation est extrêmement propre

Surtout dans les pays dont l’électricité est décarbonée (France, Suède, Norvège, Portugal).

✔ Résultat final : très forte réduction des émissions

Même en Allemagne, un bus BYD électrique finit par émettre moins de CO₂ qu’un bus diesel, sur tout son cycle de vie.

✔ Le bus BYD = l’un des meilleurs leviers de décarbonation du transport public

Particulièrement efficace dans les villes où l’électricité est verte.


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